Hawa Brahim, témoin : «Jouet sexuel des militaires» de Hissein Habré

Hawa Brahim Faraj a connu une enfance «perturbée» sous le règne de Hissein. Née le 1er janvier 1972 à Faya-Largeau, elle a été «emprisonnée» alors qu’elle n’avait que 13 ans. Devant la Chambre africaine extraordinaire où elle comparaissait à titre de témoin et de victime hier, elle est revenue sur cette sombre page de sa vie. Elève en classe de Cm2 au moment des faits, son rêve de poursuivre ses études a été brisé le 6 juin 1985. Ce jour-là, renseigne-t-elle, les soldats étaient venus chercher sa mère. En fait, ils reprochaient à Adja Mabrouka d’espionnage et d’avoir aidé les Libyens à s’évader de la prison.

«Le commissaire m’a demandé de le suivre au Commissariat central. Il est venu me conduire au bureau du directeur de la Sûreté nationale. Ils m’ont interrogée et m’ont dit qu’ils étaient venus chercher ma maman et comme elle n’est pas là, je vais rester jusqu’à ce qu’elle vienne», a-t-elle expliqué.
Après, il lui a été aussi signifié que si sa maman qui se trouvait en ce moment au Nigeria ne revenait pas, elle allait rester en prison pendant 10 ans. «Je suis restée au commissariat pendant 2 ans», a-t-elle soutenu devant la Chambre. N’ayant aucune idée du motif de son arrestation, elle a «interpellé un jour le directeur de la Sûreté nationale sur les raisons de sa garde à vue». Il lui répond : «Tout venait d’en haut.» Elle a voulu se suscider à deux reprises. «J’ai bu 40 comprimés. J’étais évanouie et ma langue pendait. On m’a amenée et on m’a soignée puis on m’a ramenée en prison. Ensuite, j’ai bu le pétrole qui servait à alimenter les lampes», relate-t-elle.
En apprenant sa détention, sa maman s’est constituée prisonnière afin qu’elle recouvre la liberté. Mais, la promesse faite par le directeur n’a pas été tenue. Ensuite, elle a été transférée, sous les ordres de Aba Moussa, à la prison des Locaux où elle a trouvé l’une de ses tantes. «Quand j’ai informé a ma tante que son fils âgé de 10 ans était mort, elle et sa fille se sont mises à pleurer. Les soldats m’ont battue en me disant qu’ici on ne donne pas d’informations. A la prison des Locaux, j’ai passé un an», indique-t-elle.
A Ouadi Doum, elle a fait 1 an avant d’être libérée le 12 mars 1989 après avoir connu des violences sexuelles. «Nous avons été emmenées dans cette prison pour satisfaire le désir sexuel des militaires. A l’exception de cinq soldats, qui avaient amené leurs épouses, les autres étaient sans femme», a-t-elle dit. Sans entrer dans les détails à cause de la médiatisation du procès.

(Lequotidien)

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