Combat contre l’occupation du Littoral : Atepa explique le sens de son combat – SN

L’architecte Pierre Goudiaby Atepa ne désarme pas. Il précise qu’il n’est contre aucun individu en particulier, ni n’a d’intérêt financier dans aucun des projets sur la corniche. Son combat vise à préserver l’accès à la mer aux générations futures. Et ce faisant, il tire à boulets rouges sur ces entrepreneurs qui ont, selon lui, usé de corruption et de complicité pour obtenir des permis de construire sur le domaine maritime.

L’architecte Pierre Goudiaby Atepa reste droit dans ses bottes et revendique son combat en faveur de la préservation du littoral sénégalais. L’architecte pointe les pratiques prédatrices de certaines personnes qui ont accaparé l’espace public. Dans la foulée, il nie toute forme de collusion suspecte avec les entrepreneurs qui ont décidé d’investir sur la corniche ouest, notamment Aliou Aïdara Sylla dans son projet d’hôtel 5 étoiles. «J’ai fait les plans, mais ce n’est pas mon hôtel, et il ne m’a pas payé un franc», indique l’architecte qui précise également que le propriétaire du Terrou Bi n’a jamais été son client. Revenant sur l’affaire du Sheraton, M. Atepa brosse une rapide chronologie des faits. «Quand M. Sylla s’est débrouillé pour avoir le terrain, je lui ai dit je peux t’offrir le plan, même te mettre en rapport avec des bailleurs, mais la contrepartie c’est que tu m’aménages la plage des enfants… Je n’ai jamais dit qu’il ne fallait pas aménager. Je voyage tous les jours, je vois comment on a aménagé Las Palmas et beaucoup d’autres. Ce que je dis, c’est que nous ayons un principe très simple ; que celui qui se promène ait la vue à la mer et puisse y accéder, c’est tout. Tous ceux qui font ça, je peux même les aider.»

Le sens d’un combat
Selon l’architecte, des personnes ont usé «d’arnaque et de corruption» pour arriver à leurs fins et accaparer les plages de la corniche devenue inaccessible au commun des Sénégalais. «Ces gens-là, qui ont acheté à deux mille francs le mètre carré, je dis non, je ne peux pas les aider parce qu’ils ont acheté à 2 000 et n’ont rien fait la dessus, ils ont revendu à 1 millions le m². Voilà le combat que nous menons», explique l’architecte. Mais l’intérêt de la Perl et de Atepa n’est pas pécuniaire : «Chacun de nous à la Plateforme pour l’environnement et la restauration du littoral (Perl) a son métier et chacun gagne sa vie comme il faut. La plupart peuvent emmener toutes leurs familles à Las Palmas ou à Dubaï pendant un mois pour passer des vacances et ne pas toucher à la plage. Mais vous croyez normal qu’aujourd’hui, si mon chauffeur veut envoyer son fils à la plage, il ait à débourser 10 000 francs Cfa pour avoir accès à la plage, parce qu’il y a quelqu’un qui se l’est approprié de manière éhontée ? Voilà pourquoi nous nous battons, avec même des excès, car on est convaincu que les gens ne savent pas ce qui se passe. Pourquoi ils ne savent pas ce qui se passe ? Parce qu’il y a de la complicité, de la corruption.» Mais le pire n’est pas atteint puisque la Perl a aussi dû se mobiliser contre la transformation d’un rond-point de la corniche en restaurant. «Aby Ndour a voulu construire son restaurant sur un rond-point, en face de l’ambassade du Mali. Elle m’a insulté sur les ondes parce que je me suis opposé à son projet. Je sais qu’on dérange beaucoup de gens. Quand des gens prennent à 2 500 F Cfa et vendent à 1 million, croyez-moi, il y a des complicités», dit-il.

Complicité et corruption
«Du temps de Diouf, quand le Terrou Bi a voulu faire son extension et que par hasard j’ai vu la maquette au Palais, j’ai commencé à m’opposer. Quand ils ont commencé, je les ai interpellés parce qu’à un moment, on ne pouvait même pas avoir 1m20 de trottoir. Ils avaient pris jusqu’à la chaussée et j’ai des preuves de ça. Je me suis battu pour qu’ils daignent donner 1m50, pour que les gens puissent passer.» L’architecte explique aussi que les propriétaires ont fait fi de l’injonction que leur avait faite le Président Wade de préserver la plage des enfants. «Le Terrou Bi, par des complicités que je connais, a fait son expansion en faisant fi des instructions du Président et de connivence avec certaines personnes de son entourage. Quand le Président est venu pour soit disant regarder les travaux finis et qu’il a vu qu’ils ont pris la plage, il a piqué une colère bleue.»
Rembourser et détruire
Selon l’architecte, la loi sénégalaise dispose clairement que toutes ces personnes peuvent être remboursées et déguerpies. «Sous réserve du droit de reprise des parties par voie d’expropriation à toute époque, moyennant une indemnité correspondant au prix de vente payé, les parties de la parcelle présentement vendues qui seraient nécessaires à l’exécution de travaux d’intérêt ou d’utilité publique», cite Atepa. Cette disposition devrait particulièrement s’appliquer au promoteur de l’hôtel Le Virage qui a fait «du faux», dit-il. «Parlons une minute de quelque chose qui est pire que tout. C’est ce fameux hôtel Le Virage. Quand ils ont commencé les fondations, nous nous sommes battus pour qu’on arrête. Ce monsieur-là a construit sur l’eau. Vous avez une fois entendu parler d’un titre foncier sur l’eau ? Il a fait du faux et je le dis depuis et je le répète, il a fait du faux pour construire ce qu’il a construit.» Il poursuit en ces termes : «Est-ce que faire aménager un parc pour que vos propres enfants puissent se promener, ce n’est pas d’utilité publique, la réponse est oui. Cela veut dire quoi ? On doit pouvoir prendre le Terrou Bi pour cet exemple-là, leur rembourser les 60 millions qu’ils ont payés et récupérer tout, sans que l’Etat n’ait rien à débourser en dehors du remboursement.»
Il ajoute que la mesure est aussi valable pour l’hôtel du virage. «Qu’on détruise ce truc là, ça donnera l’exemple parce que trop c’est trop !» Mais une telle procédure est exclue pour le cas de l’hôtel Azalai. Ici, Atepa prône plutôt «la négociation intelligente» avec le groupe de Mossadeck Bally. «Azalai a acheté effectivement pour plus de 2 milliards un terrain de 5 000m2, donc je respecte cela. De plus, ils ont accepté de payer 1 milliard pour aménager la plage des enfants. Ce sera leur responsabilité sociétale d’entreprise.»

(Avec Lequotidien)

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